Review : The Artist

Synopsis (Allociné) :
Hollywood 1927. George Valentin est une vedette du cinéma muet à qui tout sourit. L'arrivée des films parlants va le faire sombrer dans l'oubli. Peppy Miller, jeune figurante, va elle, être propulsée au firmament des stars. Ce film raconte l'histoire de leurs destins croisés, ou comment la célébrité, l'orgueil et l'argent peuvent être autant d'obstacles à leur histoire d'amour.
Qu'est-ce qui fait qu'un film est "bon" ?
Beaucoup de journaux ont posés cette question alors qu'il s’apprêtait à critiquer The Artist. Dans leur grande majorité, tous citaient Hitchcock et écrivaient que c'était l'absence de dialogue. Les mouvements du visage, les gestes, au fond, il n'y a que ça. Nous n'en avons que faire des dialogues, des bruitages, il n'y a que les mimes et les mimiques. Bien entendu, tant l'ont déjà fait, je ne vais donc pas me lancer dans une critique incroyable et un plaidoyer du bon vieux temps. Je vais continuer à ma manière, simplement.
Qu'est-ce qui fait qu'un film est "bon" ?
Est-ce que The Artist est "bon" ?
La réponse est oui. Inutile de faire durer le suspense, à chaque ligne de cet article ce ne sont qu'éloges et compliments. Dans un premier temps il faut saluer l'audace du scénario, un film en noir et blanc, en 4/3, muet ! Quel audace, quelles cojones à l'heure de la 3D caca qui s'invite partout et à outrance. Quel challenge lancé à soi-même que de vouloir revenir à ce qui fait le cinéma, à l'origine du monde, faire un pas en arrière tandis que dans les studios d'à côté on tourne des blockbusters à grands renforts d'explosions pharamineuses, de jeux de lumières, des effets spéciaux dont on n'imaginait même pas la possibilité il y a quelques années. Quelle audace oui, de vouloir compétiter contre ces géants qui, même s'ils n'ont aucune originalité, aucun scénario, juste de belles images, attireront des dizaines de millions de spectateurs.

Mais ce film doit-il tout à l'audace ?
La réponse est non. Il y a un vrai travail de recherche et de fidélité à cette (grande) époque du film muet ; la reconstitution de l'époque est une vraie merveille : les décors, les habits, Hollywoodland, et les gens. Les spectateurs qui éclatent de rires instantanément, les gens qui fument partout, les jolies filles en robe, les coiffures, le maquillage, les affiches de films rétro, les cinéma façon opéra, etc.
Les acteurs sont parfait, le petit chien en tête. En second, Jean Dujardin, excellant encore une fois dans son rôle. Je ne dis pas cela car il est en bonne voie pour être mon acteur préféré, mais c'est un fait. Cabotin, vantard, dragueur, un peu benêt, sympathique, tragique. Ce rôle lui permet de jouer tous les registres, et il s'en sort à merveille, comme toujours. Je ne parlerai pas de "gestuelle faciale", ou de grimaces, qui dénigreraient son vrai jeu d'acteur, mais il sait utiliser son corps. Il prouve bien que parfois le silence vaut les plus longs discours. Il agite les bras, fait des sourires goguenards, danse. Ses petits pas de danse sont un réel délice.
Encore plus quand il les partage avec sa partenaire : Bérénice Béjo. Si vous trouviez qu'il y avait une bonne alchimie entre eux, dans le premier OSS 117, il faut voir ce film. Il y a une vraie connexion, on attend avec impatience chaque scènes qu'ils partagent. D'autant que le noir et blanc ne fait que la sublimer. Elle est un vrai régal pour les yeux tout au long du film. Ses mimiques, ses clins d’œils aguicheurs, sa robe et son petit chapeau, sa mouche au coin de la lèvre... Je fonds. Vous l'aurez compris, elle est d'une beauté renversante, autant que son jeu d'actrice, ce qui ne gâche rien !

Est-ce que le muet gêne ?
La réponse est non, pas particulièrement. Car toutes les conventions sont respectées : les panneaux avec les bonnes répliques, la scène du chien et du policier, le scénario mi-comique mi-tragédie grecque, la musique. La musique est tout simplement magnifique, prenante, vraiment bien adaptée à chaque scène, rapide quand un personnage court, puissante et tragique dans les moments de drames.
À propos de drame, l'histoire elle-même est assez bonne. La rencontre entre un monument du cinéma muet, George Valentin, et une jeune inconnu qui va vite montrer qu'elle est une étoile en devenir ("The name is Peppy, Peppy Miller."). Bien entendu ici tout est exagéré, démesuré. À ce titre, la réalisation est vraiment bien faite. Les images juxtaposées, les journaux qui s'empilent, le nom de la jeune actrice qui monte, qui monte, la musique qui s'arrête pour souligner l'intensité de l'action. Les scènes s'enchainent sans que s'installe l'ennui, nous avons droit à quelques moments assez surréalistes très bien orchestrés. On pouvait craindre que l'absence de dialogue vienne alourdir le film, qu'on s'y ennuie. Il n'en est rien, à part deux ou trois scènes, mais qu'est-ce sur toute la durée d'un film ?

Ce film est en quelque-sorte un retour au fondamentaux. Il nous fait prendre conscience de ce qu'est un bon film. Il nous rappelle que ce n'est pas la beauté de l'image, la recherche de toujours plus d'action, de toujours plus de spectaculaire, qui fait tout. Au final on en revient toujours à la même chose : la beauté, la poésie, cachée derrière la simplicité. Les rumeurs vont de bon train quant à un possible Oscar. Ce serait comique quand on prend du recul et que l'on regarde que le vrai cinéma laisse peu à peu sa place à l'événementiel, au sensationnel.
Une chose est sûre, je vous invite à voir ce film.
Anwtane's blog approbation : 9/10 (+11 points d'audace)
Et enfin, l'argument esthétique du film :
