"Nous sommes tous biodégradables", Jean-Louis Fournier

Publié le par Anwtane Criticz

 

On entend et lit ce nom assez souvent depuis quelques temps avec la sortie de son dernier livre.

 

Mais peut-être que malgré tout, il ne vous dit rien.

 

Pour moi il a une signification particulière, c'est celle de mon auteur favori. Je vais t'apprendre la politesse (p'tit con), Mon dernier cheveu noir, Satané dieu, Grammaire française et impertinente, et j'en passe. Si vous ne connaissez pas, je ne saurai que trop vous les conseillez. Les mots me manquent pour vous faire comprendre en quoi ces livres sont merveilleux, des petits bijoux d'inventivité. Tous excellents, tous remplis d'une once de nostalgie, d'humour, parfois noir mais jamais moqueur, jamais méchant. Et d'émotion, notamment avec Où on va papa ? où il dévoile son histoire et celle de ses enfants handicapés, ou encore dans son dernier recueil, Veuf.

Il y raconte sa vie, depuis que sa femme est partie. J'ai une confession à faire, je ne l'ai pas lu, juste quelques extraits. C'est paradoxal de vous en parler dans ces conditions, je l'avoue. Pour tout dire, ma mère l'a reçu en cadeau pour son anniversaire et voilà que depuis il fait le tour de ses amis, ses collègues. Comment sais-je alors que c'est un bon livre ? Tout simplement car je connais le passif de l'homme et qu'il suffit de lire le quatrième de couverture pour savoir que cet ouvrage n'est pas comme les autres.

« Je suis veuf, Sylvie est morte le 12 novembre, c’est bien triste, cette année on n’ira pas faire les soldes ensemble. »

 

Et j'apprends alors qu'il sera à l'Armitière ce samedi pour une conférence suivi d'une séance de dédicaces.

Mon père et moi y sommes donc allés. Période de fêtes oblige, la boutique est bondée. Nous montons à l'étage où a lieu la conférence ; sous l'alcôve, plusieurs rangées de chaises sont disposées. Je ne vois que des têtes grisonnantes, moyenne d'âge 60 ans, je trompe les chiffres. Nous trouvons des places assises et attendons que le maître fasse son entrée. Il apparaît en haut du petit escalier. Je découvre un homme simple, petit, les cheveux plats et gris, monsieur tout-le-monde, à croire qu'il va acheter ses baguettes de pains comme n'importe qui.

Il s'assoit sur une table munie d'un micro, nécessaire au vu du bruit que fait le pluie dehors, les voitures dans la rue, la foule en bas, les portiques anti-vols qui sonnent toutes les dix minutes. Il nous parle de son livre, de ce qui l'a poussé à l'écrire ("Elle n'aimait pas qu'on dise du bien d'elle, maintenant qu'elle est partie j'en profite."), les réactions que cela a suscité. Il nous raconte avoir reçu nombre de courriers de personnes dans la même situation à qui il aurait redonné le sourire. Il explique sa vision de la vie, de la littérature, où il est tellement facile de faire pleurer mais que cela n'apporte rien, "quelqu'un de triste c'est juste déprimant", il préfère faire rire, se faire rire.

Il répond à des questions dans le public, lit quelques extraits de son livre puis les commente et il multiplie les bons mots, dont sa célèbre expression "nous sommes tous biodégradables, désolé de vous l'annoncer aussi abruptement".

Pendant la séance je ne cesse de m'interroger sur ce que je vais lui demander. Il est mon auteur français préféré, j'ai lu la majorité de ses livres, pas les plus tristes, pas encore, mais de ce que j'ai lu, j'ai tout aimé. Comment le dire ? Lui dire même ? Peut-être devrais-je trouver un bon mot, lui qui les apprécie tant.

  • Bonjour monsieur Fournier, j'aime beaucoup ce que vous faites.
  • Bonjour, je dois être le plus jeune lecteur de l'audience, désolé de truquer la moyenne d'âge du lectorat.
  • Bonjour, comme vous pouvez le voir, vous dépassez aisément les lecteurs de 7 à 77 ans.
  • Bonjour, c'est paradoxal, j'ai votre livre mais il fait actuellement le tour du voisinage, j'en ai donc amené deux autres, mes préférés, si vous voulez bien...

J'opte pour le dernier.

La conférence se termine, les dédicaces se font en bas.

Nous descendons l'escalier, lui s'installe à une petite table près d'une autre débordante de certaines de ses oeuvres. Mon père et moi faisons la queue.

Je remarque que dans l'un des deux livres que j'ai amené, l'un comporte déjà la dédicace de mes parents lorsqu'ils me l'avaient offert à noël.

Notre tour arrive.

Mon père passe en premier. Il avait acheté juste avant un livre, Poète et paysan, l'un des rares que nous n'avions pas. Ils échangent quelques mots, mon père explique qu'il vient d'une famille de fermier, Jean-Louis Fournier répond qu'il retombera sûrement en enfance alors. Mon tour. Mon père me présente.

Moi : - Oui c'est un peu une affaire de famille.

Lui : - L'agriculture ?

Moi : - Et la littérature.

Gagné.

Nous échangeons quelques mots, je lui explique que j'adore ses livres, surtout ces deux-là. Il lit la dédicace de mes parents et appose la sienne sur la page suivante, une petite pensée personnelle. Il prend le second livre et y écrit "Pour Antoine, en toute amitié, Jean-Louis". Je le remercie et et le salue. Nous nous arrêtons plus loin et lisons ce qu'il nous a écrit. Nous rions. Nous partons.

 

Vous vous demandez ce qu'il m'a écrit dans le premier livre ? Désolé, c'est entre lui et moi.

Publié dans Ma vie

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yougo 24/12/2011 10:54


Citer ? Va falloir que je te paye des droits après XD

Anwtane Criticz 24/12/2011 15:21



C'est l'objectif =D



yougo 19/12/2011 17:03


Exactement ce que j'allais dire ^^


 


Héhé. C'est toujours spécial de rencontrer son auteur préféré...pas émouvant, spécial :)


Je te remercie pour ce post, parce que je vais le pomper jusqu'à la moëlle le jour où j'écrirai une scène de rencontre entre un auteur et un lecteur (te voilà prévenu), et que j'aurai besoin de
tout ce côté "spécial" que demande cette scène.


 


Et non, vraiment, moi j'ai une raison, dis-nous ce qu'il a écris :p (ou pas... évidemment)

Anwtane Criticz 23/12/2011 18:38



C'est gentil, mais t'as pas lu mon article sur le plagiat ? S'inspirer oui, pomper non ! (sauf si tu me cites :p)



AS 17/12/2011 21:31


mais on veut savoir ! lol